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Des parents

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Nous avons appris que notre fils souffrait d’une maladie psychiatrique suite à un épisode aigu de psychose à l’automne 2004.  Il avait alors seize ans.  La première fois (parce qu’en quelques années il y a eu d’autres hospitalisations) il avait appelé lui-même la police de la maison en leur disant que quelqu’un nous surveillait et nous voulait du mal.  Il se sentait en danger et avait peur pour lui et moi-même qui était dans la maison avec lui.  La police est arrivée et a demandé du renfort en plus d’une ambulance.  Il est donc parti à l’hôpital dans un état que je qualifierais d’horrible et terrorisant.  Malgré le fait qu’il était dans un état de psychose, ils l’ont gardé quelques heures.  Ils l’ont retourné à la maison avec de la médication et ils nous ont dit que si dans deux jours il n’allait pas mieux de revenir avec lui à l’hôpital.  Ce que nous redoutions et que, malheureusement, nous avons dû faire. À ce moment-là, nous ne savions plus quoi penser malgré le fait que tout l’été il était resté seul à la maison sans voir personne, amis(es) ou quiconque, même nous parents. Il vivait dans le sous-sol la nuit, et le jour il dormait pratiquement toute la journée. On se disait qu’il n’était vraiment pas normal d’agir ainsi surtout qu’on ne pouvait pas mettre ses comportements sur le dos de la drogue étant donné qu’il ne voyait personne.  Alors on vit sur la corde raide sans trop comprendre et inconsciemment sans non plus se poser trop de questions.  Peut-être par peur des réponses nous laissions le temps et le destin faire son chemin. 

Toujours est-il qu’à l’automne 2004, après l’avoir ramené à l’hôpital le dimanche, ils ont décidé de l’hospitaliser. Après une semaine, le psychiatre nous annonce dans le passage, juste devant la porte d’entrée du département de psychiatrie, qu’il s’agissait d’une psychose toxique, qu’il s’en remettrait assez vite et qu’il suggérait un retour en Centre d’accueil après le congé d’hôpital. Il faut dire que l’année de ses 15 ans jusqu’à 16 ans il était en Centre d’accueil parce que nous n’en venions pas à bout.  Il était sorti du Centre en mai ou juin, et il a passé l’été avec nous.  En septembre il est entré à l’hôpital.  D’après les intervenants les symptômes ont commencé quand il était placé au Centre et ça s’est poursuivi à la maison.  De toute façon, nous nous sommes littéralement opposés aux recommandations du psychiatre.  On a dû aller à la cour contre la DPJ et cette recommandation pour faire renverser la décision. Heureusement nous avons obtenu gain de cause et en décembre notre fils est revenu vivre à la maison.  Pour revenir au diagnostic, avant qu’on aille à la cour, le psychiatre a dû revoir son diagnostic parce que les semaines passaient et notre fils n’allait pas vraiment mieux, en tout cas pas assez pour lui donner congé après une ou deux semaines comme il nous avait dit.  C’est seulement après deux mois, lors d’une rencontre officielle avec nous, qu’il nous annonce que notre fils souffre de schizophrénie paranoïde.

À ce moment-là, nous apprenons vraiment à vivre un jour à la fois.  D’un certain côté ça n’a pas été un choc non plus parce que malgré cette terrible nouvelle je pense qu’on s’attend de se faire dire quelque chose du genre, puis en même temps ça explique tant de choses, de comportements, qu’on n’arrivait pas à comprendre depuis des mois, voire même des années. Suite à tout ça, au retour à la maison nous ressentions un immense chagrin.  De temps à autre je me disais que si on m’avait annoncé qu’il avait un cancer, qu’un de ses organes vitaux était atteint, j’aurais été plus apte à mesurer les dangers à venir.  Nous étions beaucoup aussi en réaction, colère, questionnements face à l’avenir, peur, comme par exemple : Comment est-ce arrivé?  Pourquoi l’avons-nous perdu?  Oui perdu, alors que nous avons tout tenté pour le sauver, même mettre notre orgueil de côté et suivre les conseils de travailleurs sociaux qui nous recommandaient fortement de l’envoyer en Centre d’accueil.

Financièrement, c’est certain que cela engendre des coûts, que ce soit pour les déplacements, les médicaments, etc.  Mais moi, étant déjà à la maison, ça n’a quand même pas entraîné de perte salariale et d’emploi.  Je dois dire que je suis à la maison pas par choix mais par la force des choses étant donné ma santé précaire et très fragile.  Alors c’est dans des situations comme celles-là qu’on doit admettre que dans toute chose négative il y a du positif.  Le fait que je puisse rester à la maison nous a vraiment facilité les choses.

Dans un premier temps, c’est en allant à la clinique de santé mentale que notre fils a eu le soutien et l’aide requis pour mieux reprendre sa vie en main. Automatiquement ces rencontres pour l’outiller dans son cheminement nous donnaient un bon coup de main en tant que parents parce qu’on avait les mêmes objectifs.  Ensuite en faisant des recherches sur la maladie, en n’en parlant avec la famille, qui malheureusement se restreignait à une ou deux personnes qui m’ont confié que ça leur était arrivé.  Entre autre une tante qui avait un fils avec le même diagnostic et qui est malheureusement décédée aujourd’hui.  Elle ne m’en avait jamais parlé parce qu’à cette époque c’était très tabou et aussi par crainte des jugements. 

Ce qui est bien aujourd’hui c’est qu’il y a des associations comme L’Accolade.  C’est sûr qu’on n’aime pas le crier sur les toits.  Je pense qu’on a évolué grâce à L’Accolade.  Un jour j’ai décidé d’appeler et aujourd’hui nous pouvons dire que ça été l’endroit où on s’est sentis compris, écoutés sans jugements. Les intervenants ont été d’un support extraordinaire.  Des conseillers qui sont là pour nous redonner le courage de continuer malgré le chagrin et les épreuves que nous vivons. Sans oublier que si nous le voulions bien nous pouvons assister aux rencontres de groupe qui font aussi beaucoup de bien et qui apportent du réconfort car on peut discuter avec d’autres qui vivent à peu près les mêmes choses que nous, tout en se faisant parfois des amis(es), ce qui à mon avis est très important pour traverser cette épreuve.  Je crois que pour retrouver l’équilibre familial et personnel, il ne faut pas rester seul, surtout être capable d’en parler et accepter d’avoir besoin d’aide.

Aujourd’hui nous vivons avec le fait que notre fils sera toujours fragile et que cela demandera beaucoup d’amour, de courage et d’énergie, de stratégie et surtout de persévérance.  Il ne faut jamais baisser les bras malgré tout le désespoir que parfois nous pouvons ressentir.  Notre devise est de ne jamais nous détourner de lui, ni de l’abandonner.  Ce n’est sûrement pas ce que nous voulons mais il faut bien avouer que parfois on peut être à bout et y penser mais on ne pourrait jamais faire ça.  Heureusement parce que même si aujourd’hui il est encore très jeune, et qu’il a tout l’avenir devant lui, on peut dire qu’à ce jour ce que nous avons réussi à réaliser avec notre fils est en quelque sorte notre véritable victoire pour lui et pour nous.  Nous sommes parvenus à lui donner une qualité de vie presque normale. C’est en grande partie grâce à sa grande détermination de cesser la consommation de drogues.  Il a remporté là un grand succès et nous sommes très fiers de lui.

Nous avons beaucoup réfléchi à la question de comment pourrait-on venir en aide aux parents qui vivent la même situation?  Comment les aider?  Que faire?  Malheureusement personne, nous encore moins, n’a la réponse.  Mais nous dirions qu’il existe différentes possibilités, différentes solutions, plusieurs façons de s’occuper d’eux.  Tout d’abord il faut voir le problème et le cerner.  Ensuite il faut essayer de comprendre, accepter et surtout ne pas rester seul avec son chagrin. Ne pas hésiter à aller chercher de l’aide avec des professionnels mais aussi avec des personnes avec qui on peut échanger.  « Certaines choses ne changeront pas, soyez positifs, ne renoncez jamais, tout s’arrangera ».  C’est la petite phrase qui nous aide à continuer.

Des membres de L’Accolade